Article Post on 21 September 2021

[Les grands procès de l'art] Un été autour du faux dans l'art - Episode 7 : Les faux meubles Boulle, ce n’est pas commode - Partie 1

_Il aurait été confortable de poursuivre notre saga en prenant d’autres exemples de faussaires extrêmement doués dans le domaine pictural : il aurait suffi de mettre l’accent sur certains des mécanismes précédemment développés dans les affaires Van Meegeren ou Beltracchi. Même si les faux en matière de mobilier sont un peu moins retentissants d’un point de vue médiatique, ils n’en constituent pas moins un champ d’étude tout à fait remarquable. Notre regard se portera sur des meubles emblématiques, reflets d’un savoir-faire exceptionnel, et dont le nom et la renommée sont suffisamment célèbres pour inciter à la réalisation de faux et, nous l’espérons, pour retenir l’attention de nos lecteurs : les fameux meubles Boulle.

Pour savoir s’il y a un faux meuble Boulle, il convient au préalable de s’entendre sur ce qui peut recevoir l’appellation de meuble Boulle. Léger rappel historique : André Charles Boulle (1642-1732) est un ébéniste parisien qui a véritablement donné ses lettres de noblesse à la technique de la marqueterie, fabriquant des meubles extrêmement luxueux, enrichis d’écaille, d’ivoire, de laiton et de bronzes ciselés, et qui est le créateur de deux « types de meubles qui connaîtront un immense succès tout au long du XVIIIe siècle : la commode1 et le bureau plat2 »3. Premier élément caractéristique des meubles Boulle et première difficulté d’authentification : l’absence d’estampille4. Dès lors, pour retrouver l’origine des meubles réalisés par André Charles Boulle, il faut se tourner vers les documents d’archives, comme des dessins représentant des projets de meubles par exemple. Deuxième élément caractéristique : une production importante pour l’époque qui pourrait être liée à deux facteurs. D’une part, à un engouement très fort pour ce type de meubles et d’autre part, à la longévité de la carrière professionnelle de Boulle (officiellement, 43 ans ; des zones d’ombre subsistent quant à son activité à ses débuts de carrière et sur son rôle exact entre le moment où il a transmis son atelier à ses fils en 1715 et sa mort en 1732). À tel point que pour des spécialistes de ce type de mobilier, il est possible « qu’une part considérable de sa production nous échappe encore »5. Ajoutons à cela le fait que parallèlement, d’autres artisans ont commencé à proposer à la vente des meubles « dans le goût de Boulle », dans le « genre de Boulle » ou « à la manière de Boulle »6. Que cette pratique des transformations, des remplois, voire des copies, s’est largement intensifiée au cours du XIXe siècle, en particulier sous le règne de Louis-Philippe, siècle au cours duquel « se dilue la spécificité de l’œuvre de Boulle, de plus en plus noyée sous les appellations vagues ou erronées au sein de l’immense production désormais revêtue de son nom de manière générique »7. Le rappel de ces quelques éléments en préambule (l’absence d’estampille, une production importante et pas totalement identifiée, une appellation devenue générique), montre qu’il n’est pas évident de déterminer de prime abord si tel ou tel meuble est un Boulle authentique ou pas.

Comme cet intérêt pour les meubles en marqueterie Boulle ne s’est pas démenti au fil du temps, que le prix de ces meubles sur le marché de l’art, dû à la renommée mondiale de leur créateur et à leur exceptionnelle qualité est particulièrement élevé et qu’il existe de réelles difficultés inhérentes à leur authentification, tous les éléments sont réunis pour attirer les « faussaires » en mobilier Boulle. L’appât du gain pousse à passer de la simple copie au faux ou à vendre des meubles comme des meubles d’époque et non comme des meubles restaurés. Dans le domaine du mobilier d’époque entendu au sens large, il faut reconnaître que le travail de faussaire est souvent l’œuvre d’un ébéniste talentueux8, spécialiste en restauration ; parfois, il est même épaulé par un expert qui lui fournit les modèles à copier, à imiter, à reproduire et qui connaît les détails qui font la différence. La technique de l’un alliée à la connaissance archivistique de l’autre permettent d’offrir des meubles de très grande qualité. Pour peu qu’une illustre provenance puisse être évoquée, le tour est joué. Pensons à l’affaire des faux sièges de Marie-Antoinette qui ont pu être vendus à Versailles pour un montant conséquent9 ! Une pure fabrication du XXe siècle ! Rien d’étonnant alors à ce qu’un amateur de meubles, même éclairé, puisse être induit en erreur si des grands spécialistes comme des conservateurs soient eux-mêmes trompés !

Quid des procès Boulle ? Certains se souviennent peut-être de l’emballement médiatique du début de l’année 2018 lorsque le scandale des faux meubles Boulle éclata en France. Étaient en cause une vingtaine de pièces de mobilier (dont deux cabinets vendus à une célèbre compagnie d’assurances pour le Grand salon de l’Hôtel de La Vaupalière), des antiquaires, un ébéniste et un expert10. Parmi les chefs de mise en examen, il y avait notamment la « tentative d’escroquerie », la « tromperie en bande organisée », l’« abus de biens sociaux », ou encore le « blanchiment de fraude fiscale ». Mais rien en ce qui concerne le faux. Ce qui s’explique par la législation applicable en France en ce domaine : la loi du 9 janvier 1895, dite loi Bardoux, relative aux fraudes en matière artistique, punit de deux ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende les faussaires et ceux qui, sciemment, vendent des œuvres revêtues d’une fausse signature. Compte tenu de son caractère répressif, cette loi est d’interprétation stricte : seules les œuvres « de peinture, de sculpture, de dessin, de gravure et de musique » visées à l’article 1, 1° de la loi entrent dans son champ d’application. Cette énumération étant stricte, en sont notamment exclus tous les objets relevant de la catégorie très large des arts appliqués : la loi de 1895 ne s’applique ni aux pièces d’orfèvrerie, ni aux bijoux, ni aux tapisseries… et ni aux meubles11. Juridiquement, il n’est pas possible de poursuivre, sur le fondement de la loi du 9 janvier 1895, pourtant conçue dès son origine pour protéger le marché de l’art face à la prolifération des faux12, le faussaire, le receleur, le marchand ou le commissionnaire d’un faux meuble Boulle ! D’où les mises en examen pour escroquerie ou tromperie. D’une manière générale, si, au pénal, « la procédure est longue, les moyens offerts par la justice sont souvent insuffisants et l’indemnisation des victimes laisse à désirer »13, cela reste la voie la plus adaptée lorsqu’éclate une grosse affaire comme celle révélée en 2018, impliquant plusieurs protagonistes, et concernant un nombre important d’œuvres du même artiste, en l’espèce une vingtaine de meubles Boulle.

Au pénal, les enquêteurs cherchent souvent à établir l’existence de faux documents (fausses factures, faux certificats, fausses inscriptions dans des catalogues de vente…), des traces d’expertises de complaisance, des éléments de preuve qui pourraient être à l’origine de la création d’une « histoire plausible afin de rendre le bien crédible par une origine, une datation ou une propriété incontrôlable »14, à recueillir des témoignages, ou encore à obtenir des aveux. Il importe également que les falsifications soient établies d’un point de vue probatoire. Si dans certaines affaires pénales15, cette preuve peut être assez facilement rapportée, notamment grâce au progrès scientifique, il est à craindre que la question de la preuve du caractère authentique ou non des meubles Boulle soit au centre des débats et donne lieu à des querelles d’experts. Dès le début, les antiquaires ont contesté la fiabilité d’une étude portant sur les deux cabinets appartenant à la compagnie d’assurances, étude qui avait conclu à une fabrication « dans la seconde moitié du XXe siècle », mettant en avant « un travail moderne, comme les dorures et la patine destinée à suggérer un vieillissement »16. Selon le Laboratoire d’Expertise du Bois et de Datation par Dendrochronologie de Besançon, les bois utilisés pour la réalisation de ces cabinets auraient été abattus à la fin des années quatre-vingt17. Quant aux antiquaires, ils ont avancé l’existence d’expertises réalisées antérieurement à l’enquête, menées par des personnalités renommées, dont des professeurs du Getty Museum et de la Wallace Collection, pour lesquelles le caractère authentique des meubles incriminés serait avéré18, y compris les résultats d’une ancienne étude menée sur cinq échantillons de bois, concluant à une compatibilité avec l’époque de Louis XIV19.

Les points de vue des différents intervenants dans cette affaire et les éléments avancés pour justifier du caractère authentique ou non des cabinets mettent en lumière, de manière plus globale, les difficultés inhérentes à la preuve du faux en matière de meubles et à la place octroyée à certains modes de preuve, comme l’expertise.

Que peut faire l’expert lorsqu’il est face à un meuble prétendument faux ? Nous nous plaçons ici dans le cadre d’une expertise judiciaire, ce qui permet d’évoquer un plus large panel des procédés auxquels un expert peut recourir. Rappelons, par exemple, que lorsqu’un expert est consulté en vue d’une vente aux enchères, il suit les instructions qui lui sont données et n’est pas tenu « de procéder à des examens très pointus ou de réaliser des recherches dont le coût serait hors de proportion avec la valeur des objets concernés », et « ne doit pas se livrer à des examens scientifiques susceptibles d’endommager un bien d’art, et notamment, des analyses qui supposent des prélèvements de matière conséquents »20. Et il est admis que les experts qui officient dans ce cadre, recourent à des appareils scientifiques usuels, alors que dans le cadre judiciaire, l’expert doit se servir des moyens techniques les plus performants21. Dès lors, le démontage du meuble n’est en principe pas effectué lorsque l’expert est consulté en vue d’une vente, mais il l’est dans le cadre d’une expertise judiciaire.

Le démontage d’un meuble d’époque est une technique qui peut, dans certains cas, donner de bons résultats. L’exemple désormais classique est celui des bergères élargies. Dans les années 1960, un antiquaire avait acquis pour la somme de 83.000 francs une paire de marquises, des sièges très cotés. Persuadé qu’elles étaient l’œuvre d’un ébéniste de renom du XVIIIe siècle, il les fit dégarnir et décaper, à la recherche d’une estampille prestigieuse. Il s’avéra que ses marquises n’étaient en réalité que de vulgaires bergères, des sièges beaucoup plus courants, donc de moindre valeur, qui avaient été habilement élargies. L’antiquaire obtint l’annulation de la vente22. Certaines transformations ou restaurations apparaissent effectivement au démontage et l’analyse des bâtis et des assemblages du meuble Boulle litigieux peut être source d’informations intéressantes. Dans d’autres cas, démonter le meuble ne permettra pas de conclure à un faux meuble Boulle : les différentes parties paraissent réalisées dans un bois datant de l’époque présumée, leur technique d’assemblage également, les marques d’usure sont cohérentes… et les trous de vers non rectilignes23 ! Comme en peinture, les meilleurs faussaires, surtout lorsqu’ils ont des connaissances solides en restauration, usent de vieilles techniques qu’ils ont appris dans le cadre de leur métier : « Pour nous autres, le XVIIIe siècle s’arrête en 1914 ! On peut même pousser jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Jusque-là, la plupart des ateliers utilisent les mêmes méthodes, les mêmes matériaux et les mêmes outils qu’à l’époque. Si le meuble est réalisé dans les règles de l’art, il y a fort peu de chances de détecter un faux »24.

Quelquefois le démontage ne s’avère pas probant et il peut s’avérer utile de procéder à des analyses des matériaux composant le meuble ou de certains d’entre eux. Pour les parties en bois d’un meuble Boulle, l’expert pourra recourir à la dendrochronologie, procédé scientifique très répandu en archéologie, car elle permet de dater de manière très précise des objets fabriqués à partir du bois : la croissance des arbres, « irrégulière, dépendante des conditions climatiques, se lit dans la largeur de leurs cernes annuels qui renseigne précisément sur l’année à laquelle des objets en bois comme des poutres ou des embarcations ont été façonnés »25 et il est possible de donner des estimations très précises, à l’année près !26. S’agissant de l’application de ce procédé aux meubles Boulle, son utilisation et les premiers résultats significatifs résultent d’une nouvelle direction de recherche initiée en France à partir de 2009, interrompue entre 2013 et 2017 faute de financement, et reprise depuis lors. L’archéodendrométrie « pousse l’investigation au plus près du matériau et informe autant sur son passé lointain comme organisme vivant que sur les différentes étapes de sa mise en œuvre artisanale »27 et apporte des « données précieuses relatives à la datation de la mise en œuvre et à la communauté d’origine des bois »28. Comme en matière de faux en peinture, les meilleurs faussaires en matière de meubles prennent soin de se procurer du bois de l’époque du meuble à reproduire. L’analyse scientifique permettra le plus souvent de conclure à une forte probabilité d’authenticité : il est plausible que les différentes parties du meuble expertisées par dendrochronologie, constituées par telle ou telle essence de bois, sont bien de l’époque prétendument alléguée du meuble. Il paraît néanmoins imprudent de déduire de cette seule analyse le caractère authentique ou non du meuble en question : un meuble, certes composé d’éléments anciens, peut être faux, car non réalisé à l’époque du créateur contrefait. Il serait bienvenu de compléter ce début de preuve par d’autres, en recourant, par exemple, à l’œil de l’expert, du spécialiste en mobilier de tel ou tel style pour éventuellement repérer quelque incohérence ou erreur, ou en réalisant des analyses sur d’autres matériaux composant le meuble, comme les parties métalliques.

À propos justement des parties métalliques, il est intéressant de rappeler que Boulle disposait « non seulement d’un atelier d’ébénisterie, mais aussi d’une fonderie qui lui garantit l’exclusivité de la production de ses modèles de bronzes d’ornement »29. Dès lors, l’expertise des parties métalliques est également très importante dans le cadre de l’authenticité d’un meuble Boulle et dans ce domaine également, les recherches ont progressé de manière considérable. En témoigne le nombre conséquent d’articles relatifs à ce sujet présentés dans le numéro 49 de la revue Technè, de décembre 2020, numéro consacré au mobilier Boulle30. Le simple renvoi aux titres de quelques-uns de ces articles est particulièrement évocateur : « Le mobilier Boulle : étude de l’altération du laiton et de l’étain des marqueteries »31, « Composition des bronzes dorés dans les meubles Boulle et contemporains »32, ou bien encore « L’examen visuel de la fonte, de la ciselure et de la dorure des bronzes d’ornementation du mobilier Boulle du musée du Louvre : rapport d’étape »33. De même, l’analyse de matériaux plus rares comme l’écaille de tortue34, ainsi que celle des colles35 ou des vernis s’avèrent précieuses.

Encore faut-il pouvoir disposer d’éléments de référence suffisamment fiables pour que leur comparaison avec les résultats d’analyses effectuées sur un meuble Boulle litigieux donne un résultat satisfaisant. En effet, « le fait de pouvoir jouer sur des séries relativement riches de meubles relevant d’une même famille constitue un avantage certain, puisqu’il permet les comparaisons pièce à pièce de motifs identiques ou la mise en parallèle de principes constructifs similaires »36. À l’heure actuelle, les experts sont, d’un point de vue technique et historique, de moins en moins démunis pour évaluer le caractère authentique ou non d’un meuble Boulle, grâce à un intérêt manifesté par des institutions d’importance, comme les musées de Dresde37, de Munich, de Cleveland, le Rijksmuseum d’Amsterdam, et surtout le musée du Louvre, qui ont entrepris de vastes programmes de recherche scientifique sur ces meubles, ce qui permet de préciser les techniques employées, de constituer des corpus de meubles similaires, et partant de proposer ou d’affiner des attributions38. La diffusion de ces recherches lors de conférences internationales39 ou de journées d’études et leur publication est en outre essentielle, car elle permet incidemment de lutter contre les faux : plus l’œuvre de Boulle sera connue, documentée d’un point de vue de l’histoire de l’art (recherche approfondie dans les archives, dans les catalogues de vente…) et de l’histoire des techniques, plus les résultats des travaux de recherche scientifique portant sur la matière, l’époque ou les savoir-faire seront pointus et accessibles, plus la réalisation de faux meubles Boulle deviendra compliquée pour les faussaires et plus la démonstration de la fausseté du meuble sera facilitée pour les spécialistes. Il est toujours regrettable que des résultats soient peu ou mal connus, faute de diffusion, comme c’est le cas en matière de dendrochronologie40. Il faut reconnaître que l’évolution de la recherche dans le domaine du mobilier Boulle au cours de la dernière décennie est réellement impressionnante. Naturellement, l’expert tient compte des données dont il peut disposer au moment où il effectue sa mission : si d’autres connaissances relatives au mobilier Boulle apparaissent ultérieurement, il ne pourrait lui être reproché de ne pas en avoir tenu compte.

Cet enrichissement considérable des connaissances relatives aux techniques de fabrication des meubles Boulle, aux matériaux employés, à leur analyse stylistique, à leur histoire au sein des collections tant publiques que privées, offre à l’expert de pouvoir davantage étayer son rapport, de présenter des conclusions au juge reposant sur les dernières avancées scientifiques et les recherches archivistiques les plus récentes en ce domaine. En dépit de tous ces progrès, dans les faits, il ne sera pas toujours possible pour un expert d’affirmer le caractère authentique ou non d’un meuble, parce que les meubles Boulle appartiennent précisément à cette catégorie des meubles restaurés, transformés, remaniés, copiés et que la définition même de leur authenticité peut faire débat, ce que nous verrons prochainement lors de l’évocation de deux autres procès « Boulle » qui ont eu lieu en France, cette fois devant le juge civil.

Saga de l'été

Les grands procès de l'art - Un été autour du faux dans l'art

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1. Voir notamment la commode VMB 14279.1 du château de Versailles, appartenant à une paire réalisée par Boulle en 1708 pour la chambre de Louis XIV au Grand Trianon.

2. Voir le bureau plat MB 612 attribué à Boulle du musée Carnavalet ou encore le bureau OA 6313 de l’atelier de Boulle conservé au musée du Louvre.

3. Claude-Paule Wiegandt, Le mobilier français. Régence Louis XV, Paris, Massin, 1994, p. 46.

4. L’obligation faite aux menuisiers et aux ébénistes de marquer leurs meubles de leur nom ou de leurs initiales remonte aux statuts de 1743, enregistrés au Parlement de Paris seulement en 1751 : « et ne pourront les dits maîtres délivrer aucun ouvrage qu’ils ne les aient préalablement marqués de leur marque à peine de confiscation et de 20 livres d’amende par pièces non marquées », obligation au final de courte durée (environ 40 ans) puisqu’elle sera supprimée en 1791. Techniquement, l’estampille étant simplement frappée à froid, elle est très facile à contrefaire pour un faussaire et l’authenticité d’un meuble ne devrait pas reposer sur cet unique élément de preuve.

5. Frédéric Dassas, « Mobilier Boulle : trois siècles de restaurations », Le mobilier Boulle, Technè, n° 49, 2020, pp. 8-17, sp. p. 9.

6. Voir le secrétaire du comte de Vaudreuil réalisé par Philippe-Claude Montigny, vers 1770-1775 et conservé au musée Getty de Los Angeles, inv. 85.DA.378. Jean-Louis Gaillemin, Trop beau pour être vrai. Le faux dans l’art, de la tiare du Louvre aux chaises de Versailles, Paris-New York, Le Passage, 2019, sp. p. 179.

7. Frédéric Dassas, « Mobilier Boulle : trois siècles de restaurations », Le mobilier Boulle, Technè, n° 49, 2020, pp. 8-17, sp. p. 12.

8. Certains sont même allés jusqu’à inventer un maître ébéniste et une école, comme « l’école de la Loire » inventée par Mailfert au début du XXe siècle, pour écouler sa production de faux meubles, supercherie qu’il révéla dans ses souvenirs publiés en 1935 dans un ouvrage intitulé Au pays des antiquaires ou les confidences d’un maquilleur professionnel. Voir A. Buquet, A. Dugas et G. Haustrate, Le guide des faux et des faussaires, Ph. Lebaud éditeur, 1992, sp. p. 94 et s.

9. Sur cette affaire, voir Jean-Louis Gaillemin, op. cit., p. 153 et s. (chapitre 9, « Louisland »).

10. Sur cette affaire, voir Jean-Louis Gaillemin, op. cit., p. 175 et s. (chapitre 10, « Boulle : Hubert et André Charles »).

11. François Duret-Robert, Droit du marché de l’art, Dalloz Action, 2020/2021, § 411.31. Il est à noter que la photographie est également exclue, de même que les œuvres tombées dans le domaine public. De nombreuses critiques s’élèvent régulièrement contre la loi Bardoux, et pointent les faiblesses de ce dispositif. V. Tristan Azzi, « Le faux en droit positif : présentation générale », Dossier – Le faux en art -Partie 1, Paris, Journal des Sociétés, n° 160, février 2018, p.  21 et s., sp. p. 25.

12. L’adoption de la loi Bardoux faisait suite à l’acquisition par Alexandre Dumas fils d’une peinture présentée comme un Corot, peinture qui était en réalité un Paul-Désiré Trouillebert (peintre de l’école de Barbizon).

13. Hélène Dupin, « L’avocat confronté à un faux artistique », Dossier – Le faux en art -Partie 2, Paris, Journal des Sociétés, n° 161, mars 2018, p. 13 et s., sp. p. 16.

14. Colonel Ludovic Ehrhart, « Pour une approche nouvelle et tournée vers toutes les victimes », Dossier – Le faux en art -Partie 2, Paris, Journal des Sociétés, n° 161, mars 2018, p. 18 et s., sp. p. 18.

15. Dans une importante affaire de faux en peinture, impliquant un célèbre faussaire et une douzaine de personnes qui s’occupaient de la revente, les débats n’ont pas porté sur l’établissement des falsifications, celles-ci ayant été établies à l’aide d’une expertise et reconnues, mais sur la détermination du rôle de chacun au sein du réseau. TGI Créteil, 9e chambre, 16 juillet 2010, n° 0436440014. Le faussaire en question relate ces éléments de la manière suivante : « j’avais reconnu devant la justice, tout au long de l’instruction, les faux qui étaient de ma main. Au procès, il y avait donc d’un côté un faussaire qui avait peint les tableaux et les avait reconnus comme faux et, de l’autre, ceux qui les avaient écoulés. Comme l’a dit le procureur lui-même, il y avait le petit dossier de l’artiste et l’épais dossier des escrocs. », (Guy Ribes avec Jean-Baptiste Pérétié, Autoportrait d’un faussaire, Paris, Presses de la Cité, 2015, sp. p. 207).

16. Éléments rapportés par Jean-Louis Gaillemin, op. cit., sp. p. 189.

17. Élément rapporté par Jean-Louis Gaillemin, op. cit., sp. p. 189-190.

18. Guy Boyer, « Réactions à l’affaire des faux meubles Boulle », Connaissance des Arts, 22 mai 2018. Réactions à l’affaire des faux meubles Boulle (connaissancedesarts.com)

19. Élément rapporté par Jean-Louis Gaillemin, op. cit., sp. p. 183.

20. François Duret-Robert, Droit du marché de l’art, Dalloz Action, 2020/2021, § 363.16.

21. Une illustration relevant du domaine de la peinture (vente d’une toile prétendument de Van Huysum) permet de comprendre facilement cette distinction : « il ne saurait être fait grief à l’expert de la vente de n’avoir pas mis en œuvre les moyens techniques perfectionnés (microscope électronique à balayage, micro-analyseur à rayons X) qui ont permis à l’expert judiciaire de déterminer de manière précise que le tableau litigieux était postérieur à 1847 ». CA Paris, 1re ch., sect. B, 5 avr. 1996, JurisData 021523.

22. V. CA Paris, 30 mai 1968 : NP. Sur appel de TGI Seine, 7 nov. 1966 : Gaz. Pal. 1966, 2, 339 ; François Duret-Robert, Droit du marché de l’art, Dalloz Action, 2020/2021, § 322.26.

23. Clin d’œil à une astuce de vérification bien connue : si une épingle pénètre facilement dans un de ces petits trous, il y a de fortes chances pour que ce trou ne soit pas celui d’un ver mais plutôt celui d’un outil utilisé pour faire de faux trous. Le ver ne creuse pas en ligne droite ! Autre truc, penser à vérifier la visserie pour les meubles anciens. Les vis d’époque, réalisées à la main, comportent des irrégularités, à la différence des vis modernes fabriquées de manière industrielle, en usine.

24. Propos d’un vieil ébéniste recueillis par Harry Bellet, Faussaires illustres, Paris, Actes Sud, 2018, sp. p. 41.

25. Hervé Ratel, « Le passé des vieilles poteries s’éclaire », Sciences et Avenir, Septembre 2020, p. 52 et s., sp. p. 53.

26. Voir l’exemple donné par Hervé Ratel : grâce à la dendrochronologie, il a été établi qu’une barque carolingienne retrouvée en 1992 en Seine et Marne « avait été taillée dans le tronc d’un chêne centenaire durant l’hiver 834-835 ! », art. préc., p. 53.

27. Frédéric Dassas, « Le Mobilier Boulle », Le mobilier Boulle, Grande Galerie (Hors-série La Recherche au musée du Louvre 2018), Musée du Louvre Éditions, Paris, pp. 88-97, sp. p. 96.

28. Frédéric Dassas, « Le Mobilier Boulle », Le mobilier Boulle, Grande Galerie (Hors-série La Recherche au musée du Louvre 2018), Musée du Louvre Éditions, Paris, pp. 88-97, sp. p. 95.

29. Frédéric Dassas, « Mobilier Boulle : trois siècles de restaurations », Le mobilier Boulle, Technè, n° 49, 2020, pp. 8-17, sp. p. 9.

30. Cette revue publiée par le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) et qui se positionne « au carrefour des sciences humaines et de la physico-chimie des matériaux du patrimoine » est bien connue des spécialistes, pour son contenu d’une très grande qualité et ses réflexions pertinentes.

31. Manuel Leroux, Régis Bertholon, « Le mobilier Boulle : étude de l’altération du laiton et de l’étain des marqueteries », Le mobilier Boulle, Technè, n° 49, 2020, pp. 60-67.

32. David Bourgarit, Emmanuelle Pons, « Composition des bronzes dorés dans les meubles Boulle et contemporains », Le mobilier Boulle, Technè, n° 49, 2020, pp. 68-79.

33. Éric Thiriet, Marc Voisot, « L’examen visuel de la fonte, de la ciselure et de la dorure des bronzes d’ornementation du mobilier Boulle du musée du Louvre : rapport d’étape », Le mobilier Boulle, Technè,
n° 49, 2020, pp. 80-85.

34. Jean Soulat, « Identification et provenance de l’écaille de tortue marine en circulation au début du XVIIIe siècle », Le mobilier Boulle, Technè, n° 49, 2020, pp. 56-59.

35. Delphine Elie-Lefebvre, Daniel Hartmann, Nathalie Balcar, « L’envers de la marqueterie Boulle : analyse des matériaux de collage », Le mobilier Boulle, Technè, n° 49, 2020, pp. 89-91.

36. Frédéric Dassas, « Le Mobilier Boulle », Le mobilier Boulle, Grande Galerie (Hors-série La Recherche au musée du Louvre 2018), Musée du Louvre Éditions, Paris, pp. 88-97, sp. p. 96.

37. Christiane Ernek-van der Goes, Clara von Engelhardt, Frank Dornacher, Silvia Oertel, « The tree pendules aux biches in the collection of the Kunstgewerbemuseum Dresden. Workshop-report of the research and conservation project "Jean-Pierre Latz"», Le mobilier Boulle, Technè, n° 49, 2020, pp. 44-48.

38. Sur un état de ces recherches au Royaume-Uni et en Allemagne, v. notamment : Mia Jackson, « A chronological résumé of furniture by Boulle no longer in France, with a focus on the United Kingdom », Le mobilier Boulle, Technè, n° 49, 2020, pp. 18-22 ; Roswitha Schwarz, « German-language studies on Boulle marquetery conservation – a brief overview of traditions and innovations », Le mobilier Boulle, Technè, n° 49, 2020, pp. 23-27.

39. Nous renvoyons au Colloque de Munich de 2011, à la conférence à Lisbonne de l’ICOM des 19-23 septembre 2011 et à toutes les communications et publications du C2RMF et du Louvre relatives au programme de recherche sur le mobilier Boulle (2010-2018) dont la liste est consultable en annexe de l’article introductif à la revue Technè consacrée au mobilier Boulle. Frédéric Dassas et Caroline Thomas, « Introduction », Le mobilier Boulle, Technè, n° 49, 2020, pp. 4-7, sp. p. 7.

40. Sur ce point, v. Frédéric Dassas, « Mobilier Boulle : trois siècles de restaurations », Le mobilier Boulle, Technè, n° 49, 2020, pp. 8-17, sp. p. 16, qui renvoie à des travaux pas publiés, notamment ceux de J. N. Ronfort.

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